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Negres blancs d'amerique

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Éditeur : TYPO Collection : TYPO ESSAIS Date de parution : 01 septembre 1994 Rayon : SOCIOLOGIE QUEBECOISE Format : Poche EAN13 / ISBN :

9782892950670

Couverture du livre Negres blancs d'amerique - VALLIERES PIERRE - 9782892950670
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Ce qu’en dit l’éditeur
PRÉFACE (1994) Demain, l'indépendance? Nègres blancs d'Amérique a été écrit en prison, à l'automne 1966, deux ans avant la fondation du Parti québécois, à une époque où l'aspiration indépendantiste n'avait pas encore été totalement récupérée par les nota­bles de la nouvelle bourgeoisie québécoise.L'Union nationale, alors dirigée par Daniel Johnson père, «l'héritier bien-aimé» de Maurice Duplessis, venait d'effectuer un retour au pouvoir aussi spectaculaire que surprenant. Le slogan ultra-nationaliste de sa campagne électorale était «Égalité ou indépendance». C'était vingt-­cinq ans avant l'invention du concept libéral-conservateur de «société distincte».À cette époque, si étrangement semblable à celle qui existait en 1990, au moment de l'Accord du lac Meech, les indépendantistes se faisaient traiter de «pelleteux de nuages» et les socialistes convaincus, c'est-à-dire ceux dont la pensée débouchait réellement sur un engagement révolutionnaire, n'étaient pas très nombreux. J'apparte­nais à cette minorité agissante pour qui la Révolution tranquille avait déjà pris fin en 1964, au moment où, par le biais d'un lock-out dirigé contre les journalistes du quotidien La Presse , les dirigeants politiques, financiers et syndicaux de l'époque s'étaient coalisés pour réprimer la liberté de presse, devenue trop critique et indépen­dante aux yeux de l'establishment «post-duplessiste».Donc, en 1966, l'Union nationale avait repris les commandes de l'État provincial, en misant démagogique­ment sur un nationalisme sans contenu social mais émoti­vement ivre d'archaïsmes nationaleux et de fierté à bon marché.René Lévesque, flairant le vent nationaliste comme le fera plus tard Jean Allaire, cherchait à convenir les libé­raux en néo-souverainistes ou, comme l'on disait encore, en «crypto-séparatistes». Mais Lévesque serait vite excommunié par le PLQ, ce qui le conduirait à publier Option-Québec, à créer le Mouvement souveraineté­association, puis à fonder le Parti québécois à l'automne 1968. (Plus chanceux que Jean Allaire, Lévesque portera le PQ au pouvoir en 1976 mais ne réussira pas à obtenir le mandat de négocier avec Ottawa la souveraineté-asso­ciation dont il rêvait.)Entre-temps, à Ottawa, Lester B. Pearson avait, dès 1965, recruté Jean Chrétien - déjà! -, Pierre Elliott Trudeau, Gérard Pelletier, Jean Marchand, Marc Lalonde et quelques autres fédéralistes convaincus, leur confiant la tâche de remettre au plus tôt le Québec à sa place. L' éta­blissement à Ottawa d'un French Power solidement struc­turé et idéologiquement animé par un «anti-séparatisme» virulent devait conduire à l'élection de Pierre Elliott Trudeau à la tête du pays sur le thème canadien par excel­lence One Canada, One Nation , puis à la Crise d'octobre 1970, l'imposition des Mesures de guerre, les arrestations arbitraires, la suppression des libertés et des droits constitu­tionnels. Tout cela, au nom de la défense des idéaux démo­cratiques et de l'inviolabilité de l'ordre politique fédéral.Au moment de la Crise d'octobre, et même bien avant, Nègres blancs d'Amérique , publié à Montréal enfévrier 1968 par les Éditions Parti pris, figurait au rang des ouvrages interdits. En 1969, en effet, Rémi Paul, pro­cureur général fascisant de Daniel Johnson et émule notoire d'Adrien Arcand, le chef, dans les années trente, du Parti national-socialiste chrétien (ouvertement pro­nazi), avait ordonné que tous les exemplaires de Nègres blancs d'Amérique en circulation soient saisis et que son auteur, son éditeur, ses distributeurs et même, en certains cas, ses lecteurs, soient accusés de sédition, de conspira­tion en vue de renverser les gouvernements de Québec et d'Ottawa.Le zèle politique de la police étant ce qu'il est, même l'exemplaire du livre obligatoirement déposé à la Biblio­thèque nationale par l'éditeur fut saisi, sans doute par souci scrupuleux de «nettoyage intellectuel».Mais la censure ne tua ni le livre ni son auteur. Au contraire, elle eut pour conséquence de multiplier par mille le nombre d'exemplaires vendus sous le manteau.Au moment de la razzia ordonnée par Rémi Paul, j'étais toujours en prison et je me disais qu'un gouverne­ment qui censure les écrivains est cenainement très éloi­gné des valeurs démocratiques qu'il se targue de privilé­gier et de défendre. Rémi Paul, comme l'État qu'il représentait à titre de procureur général, n'était démo­crate que lorsque cela faisait son affaire. Et il n'était pas le seul politicien pour qui la démocratie importe beau­coup moins que l'absence de contestation sociale et poli­tique. Qu'il est beau, en effet, d'être démocrate lorsque personne ne vous conteste l'usage arbitraire du pouvoir!Rémi Paul n'était pas un cas isolé. En m'accusant de sédition, il ne faisait, en somme, qu'ouvrir le chemin à Pierre Elliott Trudeau qui, lui, déclarerait carrément la guerre aux forces progressistes du Québec et ferait incarcérer sans sourciller, en octobre 1970, des écrivains et des artistes comme Gaston Miron, Gérald Godin, Pauline Julien, Hélène Loiselle, Lionel Villeneuve, etc. Et ce à la grande joie des notables canadiens et québécois. Comme quoi la démocratie formelle ne se sent jamais aussi bien défendue et «protégée» que lorsque les gou­vernants décrètent crûment sa suppression.Pierre Elliott Trudeau nous a fait comprendre en 1970 que les démocraties libérales préfèrent, au fond, être gouvernées par des seigneurs de la guerre ou de la police, des sieurs ou des dames de fer du genre Pinochet, Thatcher ou Bush, plutôt que par de vrais démocrates partisans de la diversité des idées, des options et des oppositions.On croit généralement que la Crise d'octobre a d'abord porté un dur coup aux forces indépendantistes de gauche, mais, en réalité, c'est à la démocratie elle-même que les Mesures de guerre ont fait le plus grand tort. Car si la contestation sans démocratie est dangereuse, la démocratie sans contestation, elle, est une imposture.Le but recherché par toute répression, outre de sus­citer ou de renforcer la crainte des victimes réelles ou potentielles, est avant tout la paralysie intellectuelle et politique, c'est-à-dire la normalisation sociale dont l'expression ultime est l'autocensure «librement» assu­mée et partagée. On s'autocensure pour se fondre dans la norme (d'autres disent: le courant majoritaire, les idées à la mode, la fin de l'Histoire, l'inutilité matérielle des utopies...) On s'autocensure pour éviter les risques (politiques, économiques ou autres), ces imprévus si redoutables pour le confort intellectuel.«L'éthique indolore» (Gilles Lipovetski) qui, depuis octobre 1970, a rapidement remplacé au Québec l'effer­vescence politique, morale et intellectuelle, a permis aux citoyens-consommateurs de «l'ère du vide», dont font aussi partie les écrivains, de satisfaire en toute bonne conscience leurs intérêts individuels et d'oublier cette vérité fondamentale que la défense des idéaux démocrati­ques (liberté, égalité, fraternité, solidarité, authenticité, pluralisme, partage, justice, etc.) exige obligatoirement de prélever un tribut aux jouissances privées.Hélas, le courage, si minime et prudent soit-il, est actuellement la chose la moins répandue qui soit. En revanche, la confusion idéologique, la banalisation poli­tique et la démission sociale favorisent, au Québec comme en Italie, les réactions autoritaires, tout en révé­lant l'incapacité du capit alisme et du libéralisme, comme du communisme déchu, à produire une alternative crédi­ble aux terribles injustices sociales créées par «les nou­veaux équilibres» ou plutôt «les nouveaux désordres» mondiaux.Dans ce contexte peu exaltant et avec le recul histo­rique, il est séduisant de se bercer nostalgiquement des grandes espérances qui, en 1960, donnèrent naissance au mouvement nationaliste québécois, alors résolument social, progressiste et pluraliste. En effet, contrairement à ce qui se passe aujourd'hui, la volonté de réappropria­tion politique et culturelle s'accompagnait d'un désir col­lectif manifeste de changement social en profondeur. On avait affaire à une vague de fond en faveur d'un change­ment radical de société. Voilà pourquoi l'indépendance signifiait également révolution, et pas simplement séces­sion.Trois décennies plus tard, et après une multitude de rencontres constitutionnelles fédérales-provinciales qui ont vu Ottawa refuser obstinément d'ouvrir la moindre petite porte aux revendications du Québec, la révolution indépendantiste de départ, largement inspirée du courant de libération sociale des années soixante, a été noyée dans une sorte de souverainisme fonctionnel qui se pré­sente comme un simple produit de remplacement à un système fédéral devenu pour tout le monde l'illustration patente de l'inefficacité technocratique, du gaspillage des fonds publics et du crétinisme politique.Que le Québec soit mal servi (comme les autres régions du pays, du reste) par le régime actuel, personne ou presque ne le conteste plus. Que le Québec ait besoin de bâtir un nouvel aménagement politique qui corres­ponde mieux à sa réalité socioculturelle, cela non plus n'est pas contestable. Mais qu'il suffise de réaménager les structures étatiques pour libérer, au sens propre du terme, un peuple ou une communauté, voilà ce qui, assu­rément, mérite examen. Car qui peut prétendre trouver véritablement la liberté à travers la seule const ruction d'un «État fort», souverain, centralisateur, culturelle­ment et linguistiquement homogène?De Lionel Groulx à Lucien Bouchard et Jacques Parizeau, l'idée de faire coïncider la libération populaire avec la construction d'un État national fort a toujours constitué le concept central de l'idéologie nationaliste autoritaire, c'est-à-dire qui se propage de haut en bas (des notables au peuple) et qui s'appuie sur une concep­tion unitariste et centraliste de la «nation» pour juste­ment renforcer la position politiquement prépondérante et hégémonique des notables.        Pas question donc de révolution sociale dans cette conception nationaliste de la souveraineté.À l'opposé, dans la conception révolutionnaire et progressiste de l'indépendance, c'est la collectivité dans son ensemble, pluraliste, pluriclassiste, pluriethnique, pluriconfessionnelle, pluriculturelle, plurilinguistique, qui fonde la souveraineté et l'autodétermination de la nation politique. Celle-ci est librement définie et voulue par les nations, communautés et groupes sociaux qui la consti­tuent, à travers la construction communautaire d'un pro­jet de société forcément décentralisé et pluraliste. Tel était le projet de la gauche des années soixante, dont Nègres blancs d'Amérique et le FLQ furent, à l'époque, les pro­moteurs. Tel devrait être aujourd'hui le projet des forces démocratiques, car ce serait pour elles agir en conformité avec leurs principes: donner priorité dans le Québec du XXIe siècle aux droits sociaux, politiques et culturels de tous les citoyens égaux du Québec, plutôt qu'aux seuls droits linguistiques de la majorité ethnique «de souche».Quoi qu'en disent les ténors néo-libéraux du natio­nalisme québécois des années quatre-vingt-dix, et tout acquis que soient ces derniers aux exigences du libre-­échange, de la mondialisation et du pluralisme politique, les idées d'État-nation, d'unilinguisme et d'intégration ethnique dont ils se réclament, les conduisent à privilé­gier l'État culturellement homogène et à pratiquer une sorte d'apartheid linguistique et même social qui les empêche de faire reposer le projet de sécession du Québec sur un véritable consensus «national» entre toutes les parties concernées, c'est-à-dire dans le cas sin­gulier du Québec: la majorité francophone, la minorité anglophone, les peuples autochtones et métis, les commu­nautés juive, italienne, noire, asiatique, etc.Voilà d'ailleurs pourquoi le risque reste grand au Québec de voir le nationalisme des francophones «pure laine» se pervertir en une forme dégénérative, xénophobe ou raciste, du sentiment populaire. À l'heure des séces­sions ukrainienne, slovène, slovaque, croate, bosniaque et autres, il est dangereux de faire l'autruche.On ne peut parier sur une indépendance du Québec authentiquement communautaire et libératrice en misant seulement sur le sentiment nationaliste d'une majorité. Comme l'histoire l'enseigne, il ne suffit pas d'être majo­ritaire aux urnes pour être politiquement et socialement démocrate.Sur un autre plan, les actuels propriétaires de l'idée souverainiste, unanimement acquis aux dogmes libéraux de l'heure, n'ont en tête que «les nouveaux équilibres» commandés, au nom du libre-échange et de la mo ndiali­sation, par les dirigeants totalitaires de la haute finance internationale. Le Québec que, d'une main, ils entendent libérer du carcan fédéraliste, ils s'empressent, de l'autre main, de l'offrir, sans consultation populaire cette fois, aux barons d'une économie globale qui échappe à tout contrôle démocratique et qui, de l'aveu même de la Banque mondiale, produit des victimes par centaines de millions, au Nord comme au Sud.Il est tout de même hautement paradoxal de voir des souverainistes faire l'apologie d'une fusion techno­-financière, à l'échelle planétaire, quand l'objectif avoué est le nivellement des différences nationales et culturel­les! Il est vrai que ces notables nationalistes sont aussi des banquiers, des ingénieurs et des technocrates dont les aspirations fondamentales consistent moins à créer l'égalité, la solidarité et la justice sociale qu'à favoriser la domination politique. En un mot, les actuels proprié­taires de l'idée souverainiste n'ont qu'une chose en tête: le pouvoir et, si possible, le pouvoir absolu.Or, la recherche du pouvoir, dans le contexte pré­sent, emprunte simultanément deux avenues, intellectuel­lement contradictoires mais démagogiquement indispen­sables l'une à l'autre. La première est l'exploitation et la récupération des sentiments nationalistes de la majorité dans un contexte d'instabilité mondiale où le nationa­lisme ethnique, linguistique ou religieux, sert partout de valeur refuge. La deuxième est l'adhésion, ou si l'on pré­fère la soumission empressée des hérauts du futur État­-nation aux diktats, si cruels soient-ils, des ingénieurs du «nouvel ordre mondial».En somme, si on écoute attentivement les promesses des Parizeau, Bouchard, Landry et autres vieux singes de la démagogie professionnelle, il faudrait à la fois: a) les autoriser à contruire un autre État-nation de banquiers («pure laine», cette fois); b) consentir «librement» ou «rationnellement» à la fin du social, c'est-à-dire, e n clair, à tout projet communautaire de démocratie sociale authentique; et c) sacrifier nos rêves de liberté, de soli­darité et de justice aux maquignonnages quotidiens du laisser faire et du laisser trafiquer.Le profit étant loi divine et le marché sans frein son temple, il est interdit, même pour des indépendantistes, de remettre en question l'ordre économique néo-libéral, sous peine des pires représailles. Dans un contexte de sacralisation à outrance de l'économie, la liberté est-elle encore autorisée à incarner un projet social différent, une éthique de la solidarité, un espoir, un avenir et un sens pour les générations présentes et futures?Alors, demain l'indépendance?        Nègres blancs, francos et anglos, nègres rouges, nègres noirs, nègres bruns, nègres jaunes, aiguisons nos outils. Nous en aurons bien besoin.PIERRE VALLIÈRES, Montréal, le 8 mai 1994
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